Ce jardin a une longue histoire puisqu'elle commença au XIème siècle.
Quand Badr El-Djamali reconstruisit les remparts du Caire, il fit aménager un
espace vert entre les remparts et le Nil; c'étaient les "Belvédères de Louk".
Des jardins recouvraient cette zone qui resta verdoyante jusque vers l'année
1250. Toutefois, les crues du Nil recouvraient les terrains devenus vagues. En
1476, sous le règne du sultan mamelouk Qaïtbaï, le maréchal Ezbek construisit
un palais en bordure de ces terrains abandonnés où ne poussaient que quelques
tamaris et des acacias sauvages.
Au cours de l'été de cette année 1476, Ezbek entreprit l'aménagement
de ce vaste terrain et créa un jardin près de son palais qui prit par la suite
son nom en s'appelant Ezbékieh. Ce jardin, entourant un lac au moment de la
crue du Nil, devint le rendez-vous des Cairotes. En 1798, les troupes
françaises de Bonaparte occupèrent l'Ezbékieh où ils organisaient des fêtes,
mais un jour ils comblèrent le lac avec les portes qu'ils avaient enlevé au
Caire. En 1799, ce quartier fut presque totalement ruiné à la suite des
bombardements des Français.
Ce fut avec regret que le poète Hassan El-Attar décrivit l'Ezbékieh à
la suite de ce bombardement barbare: "Le bassin de l'Ezbékieh contenait les
habitations des grands et des chefs. Entourés de bosquets épais et ombrageux,
leurs palais blancs semblaient être des corps d'argent habillés de soie verte.
La nuit, une quantité innombrable de flambeaux éclairaient ce charmant séjour
dont la beauté réjouissait le cœur et enivrait comme le vin. Que de jours et
de nuits de bonheur n'ai-je pas passé dans ce paradis? Ces beaux moments sont
dans le chapelet de mes jours comme des perles sans pareilles. Que de fois je
me suis oublié pendant des heures entières à contempler, sur le miroir des
eaux, le visage éclatant de la lune et les flots argentins dont l'inondait sa
lumière. Je regardais le doux zéphyr caresser sa surface et soulever des
vagues qui, se succédant en forme de sabres, allaient se briser contre le
rivage. Les oiseaux qui gazouillaient sur les branches des arbres me
réjouissaient l'âme et semblaient promettre aux habitants de cet heureux
séjour un bonheur éternel".
Plus tard, ce fut Mohamed Ali qui redonna vie à l'Ezbékieh. En 1848,
avec son fils Ibrahim pacha, le souverain réaménagea tout ce quartier de
l'Ezbékieh, asséchant le lac pour y planter un jardin à l'européenne avec
toutes sortes d'arbres exotiques. Mohamed Ali quitta la Citadelle pour venir
habiter l'Ezbékieh dans un palais.
Pour transformer l'Ezbékieh, Mohamed Ali avait fait relever le niveau
du sol qu'il entoura d'un canal bordé de sycomores. Ces arbres abritaient des
cafés et l'Ezbékieh redevint le lieu préféré des Cairotes. Il fit orner ce
jardin d'une belle fontaine de marbre de style Empire qui existe
toujours.
En 1867, revenant de l'Exposition universelle de Paris, le
Khédive Ismaïl décida de transformer le Caire, dont le quartier de l'Ezbékieh.
Il ramena avec lui de Paris l'ingénieur G. Delchevalerie pour mener à bien ses
travaux.
La rénovation de l'Ezbékieh fut merveilleuse. Calqué sur le parc de
Monceau à Paris, ce jardin de 10 feddans épousait une forme rectangulaire
coupé aux quatre angles. Il fut planté d'arbres et d'arbustes, ainsi que de
fleurs, il y avait des grottes, des rivières et des cascades et une colline
artificielle rappelant les anciens belvédères de Louk du XIème
siècle.