Les funérailles du père Faure étaient merveilleusement émouvantes, avec un monde fou et le supérieur du Collège, le père Nader, un jeune égyptien (la quarantaine) a prononcé une homélie fabuleuse, soulignant la pauvreté de Faure. Il n'a rien laissé et n'avait rien dans son armoire, mis à part sa bible, en mauvais état tant elle avait été usée, ses psaumes, ses lunettes, qui étaient en fait celles de son beau-frère décédé, et sa soutane, qui était celle du père Domon, mort à Minia dans les années quarante ou cinquante. Rien d'autre. De plus, le cher père Faure est mort d'amour, comme Nader l'a dit : il se trouvait au Mariout pour une session des jésuites qui rassemblait 63 d'entre eux et voilà que Faure décide d'inviter une amie à venir faire sa retraite pendant leur réunion. Comme il n'y avait plus de place, il lui a simplement cédé sa chambre et a dormi en plein air. Il attrappe froid et est pris de coliques terribles. On le transporte d'urgence au Caire où on l'opère d'une occlusion intestinale. C'était le 29 août. Il s'en remet et reste un moment au collège. Puis un jour il insiste pour aller à Choubra assister aux premiers vœux des novices. Il va accompagné en voiture, mais au retour, il fait un bout de chemin à pied, ce qu'il n'aurait jamais dû faire bien sûr. Plus tard, il accueille des amis au collège et, comme il fallait déplacer une table pour faire de la place, il se précipite et la soulève. Le soir, à 02h du matin, ses plaies de l'opération craquent en raison de l'effort fourni et il se retrouve avec ses intestins entre les mains. Re-conduite à l'hôpital et ré-opération. Bien évidemment, il met du temps à récupérer. On le sort de ce petit hôpital Sainte-Thérèse et on le place aux soins intensifs de l'hôpital copte. C'est affreux, alors on le transporte aux soins intensifs de l'hôpital italien, qui ne sont guère meilleurs. Il commençait à aller plus ou moins mieux, bien que son foie fonctionnait mal, qu'il manquait d'albumine et de protéines. Et le jeudi, les jésuites ayant constaté un mieux, Nader s'en retourne à l'hôpital pour demander aux médecins de lui accorder deux jours de congé et le reprendre au collège. Et voici qu'avant son arrivée à l'hôpital, on lui téléphone pour lui dire que Faure est mort subitement d'une embolie pulmonaire… Faure, ainsi que Fayez, mort à Alexandrie le même jour d'une longue leucémie, se trouvaient à Armant ces dernières années avec Mounir. Puis, cet été, ils ont été transférés : Faure à Minia et Fayez, à Alexandrie, dont il est originaire. Le 5 mai dernier, Faure célébrait  les cinquante ans de son ordination. Le 1er octobre, Fayez célébrait ses vingt ans de vie religieuse. Cela fait cinq morts aux Jésuites en moins d'un an : père Martin le 26 ou 27 décembre dernier; Fleury et Courel au printemps (morts le même jour

également) et maintenant Faure et Fayez. Actuellement le père Sans semble bien fragile. Dieu les protège et nous les garde.

  

André Azzam